Ce soir-là, je me suis arrêté au bord d’un champ, quelque part juste en sortant de Gatineau. La grange était là depuis longtemps, visiblement. Le bois gris, les planches qui lâchent, les graffitis sur le mur. Elle n’avait plus la prestance d’avant.
Mais le soleil, lui, ne faisait pas la distinction. Il se couchait exactement derrière le faîte, et ses rayons se glissaient entre les structures pour dessiner ce sunstar que les photographes de paysage cherchent parfois des heures sans le trouver. Là, il était offert, simplement, à qui prenait le temps de s’arrêter.
Ce que l’abandon révèle
Il y a quelque chose de paradoxal dans ces vieilles structures. Plus elles tombent, plus elles deviennent intéressantes à photographier. Ce n’est pas de la fascination morbide. C’est plutôt la reconnaissance que le temps laisse des traces qui ont leur propre beauté.
La grange ne cache plus rien. Ses murs s’ouvrent, la lumière passe à travers, les formes se simplifient. En silhouette contre un ciel de ce calibre, elle devient graphique, presque sculpturale. Le contexte de délabrement disparaît. Il ne reste que la forme et la lumière.
Ce que cette image m’a dit
Je suis resté là plusieurs minutes, à ajuster le cadre, à attendre que le soleil arrive exactement au bon endroit. Le lens flare qui traîne au premier plan, certains l’auraient évité. Moi, je l’ai gardé. Il ajoute quelque chose de vivant, de non contrôlé, qui colle bien à l’esprit du lieu.
Une grange qu’on croyait finie, un coucher de soleil ordinaire sur une route ordinaire à 2 pas de Gatineau. Et pourtant, une image qui reste.
« Les choses qu’on croit terminées ont parfois leur plus beau moment juste avant la fin. Il suffit d’être là pour le voir. »